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GNU-Linux est assurément le bon choix !

mardi 19 octobre 2010, par Pascal Gascoin

Le texte ci-dessous fait référence à un article publié par le Quotidien de la Réunion http://lequotidien.re. La rédaction du Quotidien nous informe de la prochaine publication de notre réponse dans leurs colonnes, et nous autorise à reproduire ci-dessous in extenso (cliquez sur l’image) l’article qui a suscité cette réponse.

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fac-similé de l’article original

En réponse à Cyril Faivre

Très attachés au libre choix des personnes en matière d’informatique mais aussi à la promotion et l’utilisation des logiciels et ressources libres dans l’Éducation, les CEMEA la Réunion [1] et Scideralle [2] souhaitent rectifier quelques « erreurs » dans les propos [3] que reproduit le « Quotidien de la Réunion » [4] dans un article récent « Linux n’est pas forcément un bon choix » au sujet du « Plan ordinateurs portables » (projet POP) du Conseil régional de la Réunion. Aux questions du journaliste, vous répondez notamment :

À propos de la vente du matériel

« … normalement, un portable de ce type est fourni avec Windows. »

Il serait plus juste de signaler que, en violation de leurs obligations légales, fabricants et distributeurs imposent trop souvent au consommateur de payer le prix d’une licence Windows lors de l’achat d’un portable, sans même en indiquer le prix. Il est d’ailleurs possible (la démarche reste un peu lourde) de demander le remboursement de ces licences si on n’en a pas l’usage. [5]

À propos du système GNU-Linux

« … pour l’utilisateur moyen, les systèmes dérivés de Linux n’ont pas beaucoup d’avantages ».

Ils présentent en premier lieu l’énorme avantage d’être libres ! Outre leur gratuité, l’utilisateur est assuré de leur pérennité. Il ne devra pas tous les deux ans « repasser à la caisse » pour les mises à jour de ses logiciels. L’ouverture de leur code source est aussi un gage de sécurité puisqu’il garantit qu’aucune autre action que celles prévues ou annoncées ne peut avoir lieu (par exemple l’accès à des données personnelles lors de mises à jour), ce qu’aucun système propriétaire ne peut garantir puisqu’il est interdit de savoir comment ils fonctionnent.

« Surtout que dans la plupart des cas, ses parents seront incapables de l’aider »

Un parent d’élève serait-il plus averti sous Windows ? Le rôle des parents est-il d’être conseiller technique ou éducateur ? Des animateurs TIC ont été recrutés par la Région pour accompagner techniquement les élèves. Reste aux parents à accompagner les usages, comme on le fait pour son enfant avec la télévision, avec les déplacements dans la rue... Les associations d’Éducation Populaire ont un rôle important à jouer pour aider les parents à prendre cette place, mais cette problématique dépasse largement le cadre du simple projet POP.

À propos des logiciels libres

« Le principal problème… c’est leur compatibilité avec les programmes existants… »

Le problème est le non respect par certains logiciels propriétaires des règles d’interopérabilité relatives au format des documents produits. Le principe est simple : pour obliger à utiliser un logiciel, celui-ci génère des documents qui ne peuvent être ouverts qu’avec ce même logiciel. Quand il le souhaite, l’éditeur change le format (exemple du .doc et du .docx) et l’utilisateur n’a alors d’autre choix que d’acheter la nouvelle version du logiciel ! Lorsqu’on utilise un format ouvert, comme par exemple le format OpenDocument, celui-ci est indépendant du logiciel utilisé.

Utilisateurs de longue date de systèmes GNU-Linux, nous ne rencontrons aucun problème de ce genre, contrairement à certains utilisateurs de systèmes Microsoft Windows ou de MacOS qui ne disposent pas de la dernière version livrée par leur éditeur.

« Hormis la suite bureautique OpenOffice, quelques logiciels de retouche d’images ou de lecteurs PDF, on ne trouve pas énormément de choses sous Linux »

Cette affirmation est une telle contre-vérité qu’il est difficile de comprendre comment elle a pu être publiée. Erreur du journaliste dans la retranscription de la réponse ? Ignorance ?

Nous invitons à consulter le programme des dernières Rencontres Mondiales du Logiciel Libre [6] lors desquelles étaient couverts tous les champs de l’informatique grand public, et pas seulement l’informatique, ou encore visiter le site de l’association Framasoft [7], ou celui de l’association Ubuntu-fr à la page documentation. [8] Vous constaterez que si l’offre en logiciels libres est effectivement complète et mature en ce qui concerne la bureautique, c’est également le cas pour tous les autres secteurs : les jeux, le montage vidéo, l’éducation, Internet…

Force est de constater que certains logiciels, conçus pour ne pouvoir être exécutés que sous le seul système d’exploitation de Microsoft, ne fonctionnent que moyennement sous un autre… Mais il en va de même pour certain logiciels métiers conçus pour une plate-forme Linux ou Mac et qui ne fonctionnent pas sous Windows ! À l’inverse, pour l’usage quotidien, bon nombre de logiciels « phares » [9] sont sous licence libre et fonctionnent à l’identique sur une machine GNU-Linux, Windows ou MacOS.

On peut poser la question différemment. L’objectif d’un lycée, est-il de former les élèves à utiliser un logiciel propriétaire commercial (en contraignant les familles à l’achetant ou, pire, à s’en procurer une version illicite) ? Ne vaut-il pas mieux aborder les concepts enseignés à l’école (en l’occurrence la CAO 3D) à travers des logiciels libres, accessibles à tous, qu’on peut copier et diffuser légalement ?

Pourquoi vouloir émuler Windows ? Les éditeurs constatent que de plus en plus d’utilisateurs, pour des raisons de sécurité et de confidentialité des données notamment, se tournent vers les systèmes et logiciels libres et les formats ouverts (des particuliers, des entreprises privées, des collectivités territoriales [10], des services publics : direction des Impôts, services centraux du ministère de l’Éducation nationale, Gendarmerie Nationale, Assemblée Nationale pour ne citer que ceux-là…). Ils ne tarderont pas à proposer une version tournant sous ce système... simple règle de la loi du marché !

« L’intérêt principal est sans aucun doute de ne pas avoir à payer de licences d’exploitation... Mais s’il s’agissait uniquement de favoriser le monde libre, on pouvait très bien le faire en installant des logiciels libres sous Windows »

L’économie réalisée par le Conseil régional de la Réunion (donc par les contribuables) peut être estimée à 136 000 € (les fabricants d’ordinateurs remboursent généralement les licences 60 à 80 €).

Ce faisant, ce choix garantit aux lycéens, pour toute la durée de vie de leur ordinateur, un système d’exploitation et des logiciels régulièrement actualisés, ce qui n’aurait jamais pu être le cas avec un système propriétaire comme Windows, sauf à dépenser une fortune en mises à jour.

Il ne s’agit donc pas de mesures de faveur pour le Libre, mais plutôt d’une saine gestion de l’argent public : utiliser intelligemment les ressources en évitant de verser une rente à un éditeur de logiciels. Un logiciel libre n’est payé qu’une seule fois, au moment de son développement !

Il devient ainsi possible, à ressources égales, de privilégier une approche qualitative et de consacrer une part plus élevée des ressources à la prestation de services, injectant ainsi de l’argent public dans l’économie locale et dans de la valeur ajoutée plutôt que de « le jeter par les fenêtres » pour payer les droits d’utilisation de logiciels propriétaires sans réelle contrepartie.

Aussi les Mouvements d’Éducation que nous sommes proposons que l’économie réalisée sur le paiement de licences de logiciels soit utilisée au profit de l’accompagnement des usages : accompagnement des élèves certes, mais aussi des parents, premiers éducateurs de leurs enfants.
C’est, comme le démontrent les expériences de ce type de dispositifs, une condition nécessaire de la réussite. Nous y attacherons une attention particulière et ne manquerons pas de le rappeler.

Pascal Gascoin (pour Scideralle et Ceméa Réunion)


Voir en ligne : Le Quotidien de La Réunion


[3Cyril Faivre est responsable informatique de production au « Quotidien »

[611es Rencontres mondiales du Logiciel Libre, Bordeaux, juillet 2010 http://2010.rmll.info

[7Framasoft, annuaire de logiciels libres http://www.framasoft.net/

[9Par ex. le navigateur Internet Firefox, la suite bureautique libre OpenOffice.org / LibreOffice, le lecteur vidéo VLC, l’éditeur d’images GIMP, le courrielleur Thunderbird, etc.

[10Collectivités territoriales, administrations publiques et centres hospitaliers collaborent au sein de l’Adullact pour mutualiser les moyens mis à leur disposition pour développer, mutualiser et entretenir un patrimoine commun de logiciels libres utiles aux missions de service public : http://adullact.org/